La vraie facture du Clemenceau : plutôt salée

Les pérégrinations de l'ancien porte-avions auraient coûté une douzaine de millions d'euros. Soit davantage que le coût de son démantèlement en Angleterre.

Enquête

L'ex-Clemenceau effectue actuellement son dernier voyage vers Hartlepool, dans le nord-est de l'Angleterre. C'est là que l'industriel Able UK doit le désamianter et le démanteler. Montant du marché : 10,3 millions d'euros. Une fois déduite la recette tirée de la revente de l'acier, l'État français estime que la dépense nette se situera entre 2,5 et 4,5 millions d'euros. Une somme tout à fait raisonnable.

En apparence, le contribuable fait une bonne affaire. Mais ce serait oublier les pérégrinations passées de l'ancien porte-avions. Principale ardoise, l'indemnisation de Ship Decommissioning Industries (SDI), la société qui se proposait de démanteler l'ex-Clemenceau en Inde. Elle avait racheté l'ancien porte-avions pour 100.000 euros. La revente de l'acier tiré de la coque devait financer sa déconstruction et permettre de réaliser un bénéfice.

 

Les pérégrinations de l'ancien porte-avions auraient coûté une douzaine de millions d'euros. : Thierry Creux

Rubis sur l'ongle

Lors du rapatriement de l'ancien porte-avions en France, le contrat passé avec SDI est rompu « par entente commune ». La société a-t-elle perçu une indemnisation ? Joint à Hambourg, Briac Beilvert, son ancien responsable, se montre d'une très grande discrétion. « Je ne confirme, ni n'infirme. Je ne fais aucune déclaration. »

En fait, l'État français a bien remboursé SDI rubis sur l'ongle. 5 millions d'euros pour le désamiantage effectué à Toulon. 4 millions d'euros pour le convoyage jusqu'en Inde. À cela s'est ajoutée une indemnité de rupture de contrat de 1,7 million d'euros. Ces chiffres émanent du Service d'information et de relations publiques des armées (Sirpa). Ils sont donc tout à fait officiels. « Nous n'avons rien à cacher, souligne le lieutenant de vaisseau Sabine Rivayrol, en charge du dossier « Clemenceau ». Il s'agit d'argent public. »

Frais d'expertise

Le voyage de retour de l'ex-Clemenceau en France, lui, a coûté 1,3 million d'euros. L'ancien porte-avions avait fait le tour de l'Afrique pour éviter d'emprunter le canal de Suez. À l'aller, on s'en souvient, les Égyptiens nous avaient quelques misères.

« Depuis les premiers contrats jusqu'au retour à Brest, l'État a dépensé 12 millions d'euros », résume le Sirpa. Après, il a fallu engager d'autres dépenses, en particulier pour préparer la procédure d'appel d'offres. Ainsi, les différents frais d'expertise ont représenté 1,4 million d'euros. L'État estime que l'addition finale sera comprise entre 15,9 et 17,9 millions d'euros. La majeure partie de cette somme n'aura pas été consacrée au démantèlement lui-même.

La saga de l'ex-Clemenceau a coûté cher. Et pas seulement en termes d'image.

Olivier MÉLENNEC.
Ouest-France - Bretagne - 06/02/2009

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