Confidentialité imposée au pied des pylônes THT

RTE réclame une clause de discrétion aux agriculteurs proches des lignes 400 000 voltset confrontés à des problèmes de courants parasites. Les opposants crient à la manipulation.

Certaines exploitations agricoles à proximité des lignes Très haute tension se plaignent de phénomènes électriques et électromagnétiques : Stress des vaches, baisse de production, taux de cellules dans le lait trop important, mortalité des veaux inexpliquée... Les griefs sont nombreux.
Depuis quelques semaines, RTE (Réseau de transport électrique), en charge de la construction de la nouvelle ligne THT Cotentin et Maine, propose un protocole d'analyses des fermes concernées. La Chambre d'agriculture, le ministère de l'Agriculture et le GPSE (Groupe permanent de sécurité électrique) y sont associés.

« Ce qui surprend, c'est la méthode employée, témoigne un agriculteur souhaitant rester anonyme. Deux protocoles différents nous ont été présentés en quinze jours. Nous devions parapher le second qui était déjà signé par une partie des intervenants. » Les plus confiants ont apposé leur signature, d'autres y ont regardé de plus prêt.

 

La polémique ne faiblit pas entre RTE et les opposants sur les effets nocifs des lignes à Très haute tension.
Archives « Ouest-France »/Jean-Paul Jaslet

Accord préalable

« Des clauses de confidentialité avaient été ajoutées », explique l'agriculteur. RTE y réclame que les services vétérinaires et le GPSE ne diffusent pas les données « sans accord préalable ». Ensuite, les parties doivent s'engager à ne pas communiquer le protocole à des tiers « ainsi que tout document ou toute information ».

« C'est scandaleux », s'emporte Jean-Claude Bossard, maire du Chefresne, dans la Manche, et porte-parole des élus opposés à la construction de la ligne THT du réacteur EPR de Flamanville. « D'autres agriculteurs m'ont fait part de ces méthodes et s'interrogent. Si RTE n'a rien à cacher, pourquoi imposer la confidentialité ? Pourquoi présenter deux documents différents ? »

Responsable RTE du projet de THT Cotentin-Maine, Jean-Marc Perrin dénie toute intention malicieuse. « Ces clauses de confidentialité visent à protéger les exploitants agricoles. Tous ne souhaitent pas que les mesures effectuées dans leurs exploitations soient rendues publiques. »

L'argument fait sourire les opposants. « On se moque de nous, commente Jean-Claude Bossard. La seule réponse satisfaisante serait de réaliser une étude indépendante, comme celle réclamée par le conseil général de la Manche. »

En attendant, les anti-THT continuent à se mobiliser en prévision de l'enquête publique qui doit démarrer prochainement. « Une trente-neuvième commune, Le Loret dans la Manche, vient de prendre un arrêté contre le passage de la ligne 400 000 volts. »

Jean-Pierre BUISSON.
Ouest-France - Normandie - 06/05/2009

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