Le documentaire Gerboise bleue, de Djamel Ouahab, bientôt à Brest

C'est en famille que Djamel Ouahab, réalisateur franco-algérien domicilié à Marseille, a entendu parler des essais nucléaires de l'armée française dans le Sahara, entre 1960 et 1966, sous le joli nom de Gerboise bleue (puis Gerboise blanche, Gerboise rouge).

« On disait que, dans le désert algérien, des gens étaient malades de la radioactivité et que des enfants naissaient avec des malformations, j'ai pensé que c'était un fantasme de la guerre d'Algérie qui remontait à la surface », explique-t-il.

Une visite sur Internet et la découverte du combat de l'Association des vétérans des essais nucléaires (Aven) lui a démontré que c'était la triste réalité. « Officiellement, entre le Sahara et la Polynésie, la France donne le chiffre de 150 000 personnes, militaires et civils, ayant travaillé sur les sites ou participé aux essais. Sans compter, ajoute-t-il, les populations des oasis non prévenues et les Touaregs... »

Djamel Ouahab s'est attelé, pendant six ans, à faire un film de cette affaire méconnue, « sombre et opaque ». Non sans difficultés : les archives militaires de cette période ont été rendues récemment « incommunicables. La France est la seule démocratie à ne pas reconnaître ses erreurs. Elle veut faire croire que les essais ont été propres et que les lieux, aussi bien au Sahara qu'en Polynésie, n'ont pas été contaminés. »

Le réalisateur s'appuie donc sur des témoignages de victimes, en France et en Algérie, entrecoupés d'images d'archives et de commentaires d'époque. « L'éloge de la bombe atomique y est saisissant. On en rirait presque. »

Lui, fils de « l'ennemi », rend ainsi hommage aux militaires français victimes de ces essais. Paradoxal ? « Non, je ne me suis pas posé cette question. La quête de reconnaissance des membres de l'Aven croise la mienne. Si la France occulte cette période, elle les nie, mais elle nie cette part de mon histoire. »

À Reggane au Sahara, Gaston Morizot, membre de l'Aven, a été accueilli comme un frère. Il a constaté, soulagé, que les Algériens avaient pardonné, « qu'il n'y a ni haine ni rancoeur ». La preuve : Gerboise bleue va tourner dans le réseau commercial comme aux Studios à Brest, mais aussi grâce aux associations, dont celles d'anciens combattants en Algérie comme la Fnacaa, l'Arac...

Prochainement, aux Studios.

Ouest-France - Brest - 10/02/2009

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