L'électricité à partir des fientes et poubelles

Un nouveau projet est en gestation près de Landivisiau. L'idée : produire de l'énergie en résorbant les déchets urbains, industriels et agricoles.

Prenez 8 000 tonnes de fiente de volaille surtout, avec un peu de lisier de porc. Ajoutez-y 10 000 tonnes de déchets verts et d'ordures ménagères. Puis 2 000 tonnes de boues végétales (graisses), issues de l'industrie agroalimentaire. Voici le nouveau projet de production d'énergie à partir de déchets. Il est porté par la société Sotraval (1) et pourrait s'installer prochainement dans le secteur de Landivisiau, a priori à Saint-Servais.

Le principe est simple. En laissant fermenter un mois ces matières en un lieu confiné (anaérobie), se dégage du méthane. Sa combustion produit de l'électricité, dont le rachat à tarif préférentiel, en tant qu'énergie renouvelable, rendrait le dispositif rentable ou du moins équilibré. Il est aussi envisagé d'alimenter un réseau de chaleur dont pourraient profiter des serristes par exemple. À la sortie, un compost serait épandable dans la zone légumière.

L'idée n'est pas nouvelle. Elle existe en Allemagne et en Hollande depuis longtemps. Dans le Finistère, le premier projet d'usine de méthanisation LSE à Lannilis avait soulevé l'indignation du monde écologiste et finalement capoté en 2005.

 

Un site pilote envisage de valoriser en électricité 8 000 tonnes de fumier de volaille, 10 000 tonnes de déchets verts et éléments fermentescibles des ordures ménagères, et 2 000 tonnes de boues végétales d'usines agroalimentaires.

En route en 2011

Rien à voir, assure Vincent Le Jeune, directeur des opérations à Sotraval. LSE envisageait un volume global de 100 000 tonnes, soit 5 fois supérieur à celui-là. Ici, le principe est de « traiter à proximité des lieux de production de déchets ».

Le système se veut simple, « de concept rustique », « à la ferme », assez discret, avec des ensembles de stockage de « 4 mètres de haut ». Autre différence de poids, le projet de traitement concernant le monde agricole, les industriels et la population est porté par les collectivités, ce qui pourrait faciliter son acceptation.

Certes, les écologistes redoutent le traitement en masse des déjections animales parce qu'il cautionne l'élevage hors sol en batterie. Mais ils sont aussi opposés au tout incinération et demandent la création d'une filière plus naturelle pour les ordures ménagères. Celles-ci passeraient par un système de tri mécanique permettant de n'utiliser que la fraction fermentescible des poubelles (restes de repas, épluchures, tous les éléments biodégradables). Soit tout de même 49 % de leur contenu, selon Sotraval.

Le projet serait lancé d'ici la fin de l'année, pour une mise en route en 2011. C'est un projet pilote. Ensuite, « l'idée serait de l'étendre à l'ensemble du Finistère nord, pour optimiser la valorisation des déchets », explique Vincent Le Jeune. « On pourrait imaginer à terme deux ou trois unités de ce type ».

(1) Sotraval est détenu à 80 % par huit collectivités du nord Finistère (57 % par Brest métropole océane) et à 20 % par le crédit agricole, le CMB, la chambre de commerce et la caisse des dépôts et consignations. Elle gère l'incinérateur du spernot à Brest, qui produit déjà eau chaude et électricité.

Sébastien PANOU.
Ouest-France - Finistère - 10/07/2009

retour page "Presse"

retour page d'accueil