Les résidus du Spernot transférés en Allemagne

Ils serviront à combler une ancienne mine de sel, à 700 m de profondeur. C'est une bonne opération économique pour en finir avec ces déchets très toxiques.

Enquête
Quand on parle de refioms, ce n'est pas anodin. Ces résidus d'épuration des fumées d'incinérations des ordures ménagères sont assimilés à des déchets industriels dangereux. L'usine d'incinération du Spernot en produit chaque année 3 700 tonnes (chiffre 2007). Soit près de 2 % de ce qui est brûlé par an...
Brest métropole Océane (BMO) vient d'obtenir l'autorisation de transférer ces déchets dangereux vers l'Allemagne. Dans le land de Thuringe plus exactement, où ils seront désormais « valorisés ». C'est-à-dire qu'ils vont retrouver une utilité.

Validé par la justice
Une société suisse, Mindest, a mis au point un procédé qui permet de constituer un mortier grâce aux refioms. Ce matériau servira à combler une vieille mine de sel, à 700 m de profondeur. Située sous une zone urbanisée, elle commence à être dangereuse pour les riverains. Des affaissements de terrain de 2,5 m ont été constatés en surface.
Cette volonté de Brest métropole océane (BMO) de valoriser ses refioms vient d'être validée par le tribunal administratif de Rennes (Ouest-France du jeudi 2 avril). Elle a débouté la préfecture du Finistère, donc l'État, qui refusait de délivrer l'autorisation de transfert des déchets.

 

Chaque année, l'incinérateur du Spernot produit 3 700 tonnes de refioms, des déchets hautement toxiques.

100 de différence
Derrière la contestation juridique se profile aussi une affaire économique. La fuite des refioms en Allemagne met en jeu de gros intérêts industriels. Jusqu'à présent, les réfioms brestois étaient enfouis dans des décharges de classe 1, en Mayenne et dans le Maine-et-Loire.
Chaque année, en France, 450 000 t de refioms sont produites. Leur enfouissement était facturé 270 la tonne aux collectivités locales. Mais pour celles-ci, la solution Mindest est beaucoup plus économique : 170 la tonne. 100 de différence...
« Nous n'avons rien reçu de Brest depuis le 1er janvier, constate Loïc Drouard, du groupe Séché (Laval). Tout ce qui part en Allemagne, c'est sûr, c'est un manque à gagner pour nous. » À l'inverse, Brest métropole océane va économiser, d'après nos calculs, 3,5 millions d'euros par an sur le traitement des refioms.

Concurrence faussée ?
Toutefois, certaines associations de protection de l'environnement volent au secours des spécialistes de l'enfouissement en décharge. Comme Les Amis de la Terre : « Le transfert en Allemagne augmente le coût de transport et ajoute des émissions de CO2 à une filière qui n'en a pas besoin. »
Un point de vue partagé par Loïc Drouard : « Chez nous, les déchets sont hyper contrôlés, stabilisés. Nous devons respecter une réglementation environnementale. En Allemagne, c'est une réglementation minière qui s'applique. Elle est beaucoup moins contraignante. »

Malgré plusieurs sollicitations depuis une semaine, il ne nous a pas été possible d'entrer en contact avec un responsable de la sotraval, qui gère l'usine du Spernot.

Repères
Les refioms

Ce sont des résidus très toxiques. Ils sont formés par la neutralisation des gaz acides et polluants par des réactifs comme la chaux ou le bicarbonate de sodium.

L'incinérateur du Spernot
C'est l'un des plus importants de Bretagne. Il brûle près de 100 000 tonnes de déchets par an. Il est géré par la Sotraval, pour le compte de Brest métropole Océane. Les résidus incombustibles, appelés mâchefers, sont régulièrement utilisés pour les travaux publics.

GSES
Cette entreprise allemande possède des mines de sel dans le land de Thuringe. C'est elle qui a besoin de refioms afin d'en combler les parties dangereuses ou difficilement accessibles. Mélangés à de l'eau et des réactifs chimiques, les refioms adoptent alors les attributs du béton.

Olivier PAULY.
Ouest-France - Brest - 11/04/2009

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