Maïs OGM : une expertise controversée

En publiant un nouvel avis, rassurant, sur le Monsanto 810, l'Agence de sécurité sanitaire ravive l'inquiétude sur la façon dont sont évaluées les plantes transgéniques.

Pas de risque toxicologique. Une fuite, que Greenpeace croit « organisée », a fait sortir, dans Le Figaro d'hier, un avis de l'Afssa (Agence de sécurité sanitaire des aliments) qui ne devait être rendu public que le 20 février.

Dans cet avis, l'Afssa confirme celui qu'elle avait rendu, en avril 2008, concernant le maïs Monsanto 810. À savoir : les études menées sur des rats, pendant 90 jours, ne révèlent aucun risque toxicologique. Le MON 810 a fait son apparition en France, en 1998, autorisé pour la culture et l'alimentation animale et humaine. Cet OGM contient une protéine qui perturbe la digestion de la pyrale et de la sésamie, deux insectes ravageurs des cultures de maïs.

Rien de nouveau. Par ce nouvel avis, l'Afssa répond « rien de nouveau sous le soleil » au Pr Yvon Le Maho, qui estime, dans un rapport, qu'il est « impossible de conclure à l'innocuité » du MON 810. Ce chercheur au CNRS a été mandaté par le ministère de l'Environnement pour étayer les arguments de la France qui va devoir, les jours prochains, justifier devant la Commission européenne sa décision de suspendre les cultures. L'Autriche, la Hongrie et la Grèce ont aussi actionné la « clause de sauvegarde ».

 

Les maïs Monsanto ont souvent été la cible des faucheurs d'OGM. : Reuters

On ne cherche pas. Le Pr Le Maho ne dit pas que le MON 810 est toxique. Il dit seulement qu'en l'état des connaissances, on ne sait pas. Autre chercheur du CNRS, Pierre-Henri Gouyon déplore lui aussi la faiblesse des recherches sur les effets à long terme du maïs transgénique. « Il n'y pas de preuve de toxicité, dit-il. Le problème est surtout qu'on fait si peu pour en trouver. »

L'interdiction n'est pas remise en cause. Face au tollé qu'a suscité la publication de l'avis de l'Afssa, la nouvelle secrétaire d'État à l'Écologie, Chantal Jouanno, s'est empressée de souligner qu'il ne remet pas en cause l'interdiction prise, il y a un an, de cultiver ce maïs. La décision, au nom du principe de précaution, répondait à une préoccupation non pas sanitaire, mais environnementale, liée notamment au risque de polinisation croisée avec des variétés non transgéniques.

Pour une expertise indépendante. Cette polémique, qui a pris comme un feu de paille, relance en tout cas la question cruciale de l'évaluation des OGM. L'ancienne ministre de l'Environnement, Corinne Lepage, observe que « les seules études disponibles sont celles des producteurs de maïs » et que « ces études sont secrètes ». Arnaud Gossement, porte-parole de la fédération France nature environnement, rappelle les engagements du Grenelle de l'environnement et réclame « une agence d'expertise indépendante qui évalue tous les risques ».

Chantal Jouanno ne dit pas autre chose : « Le gouvernement français a demandé que soient réévaluées les procédures d'expertise européennes en matière d'autorisation d'OGM. Nous avons besoin d'expertise contradictoire sur le sujet. »

Serge POIROT.
Ouest-France - 13/02/2009

retour page "Presse"

retour page d'accueil