THT : quels risques pour la santé ?

L'enquête publique en vue de la construction de la ligne 400 000 volts Cotentin-Maine se poursuit. Beaucoup de riverains sont inquiets.

Enquête  

La France compte 25 000 km de lignes très haute tension à 400 000 volts et autant de lignes à 225 000 volts. Le projet d'une nouvelle ligne THT dans l'Ouest soulève de vifs débats chez les riverains et les élus des communes concernées.

« Les rayonnements électromagnétiques, émis par les lignes haute tension ou par d'autres sources, posent un certain nombre de problèmes et l'on est loin de tout savoir sur cette question », a reconnu Nathalie Kosciusko-Morizet, alors secrétaire d'État à l'Écologie, au cours d'une interview accordée au journal Le Parisien en mars 2008.

 

La réglementation qui fixe à 80 m la distance minimale par rapport à une ligne haute tension n'est pas toujours appliquée par les préfets. : Archives Ouest France

Leucémies et Alzheimer
Les études réalisées jusqu'à présent ne permettent pas de tirer de conclusions claires sur les conséquences pour la santé humaine. L'étude de Gérald Drapper en 2004 avait permis de mettre en évidence une légère augmentation des risques de leucémie pour les enfants vivant à une grande proximité de ligne THT. Les rayonnements électromagnétiques émis par les lignes THT sont classés « potentiellement cancérigène » par l'Organisation mondiale de la santé. Des chercheurs suisses ont également montré qu'habiter à moins de 50 m pourrait doubler le risque d'être frappé par la maladie d'Alzheimer.
Le Centre de recherche et d'information indépendantes sur les rayonnements électromagnétiques (Criirem) a réalisé dans l'Ouest une enquête citoyenne « Vivre avec une ligne THT ? ». Cette étude qui porte sur plusieurs milliers de questionnaires met en lumière des dysfonctionnements ou des pathologies animales et humaines. 
Chez l'homme sont répertoriés l'irritabilité, les maux de tête, le sommeil perturbé, l'état dépressif, des perturbations visuelles, auditives ou cutanées. Chez les animaux, les éleveurs constatent une nervosité, des traites inégales ou une difficulté d'abreuvement.
Le Criirem demande que l'on fasse jouer le principe de précaution et que l'on interdise strictement de construire jusqu'à 300 mètres d'une ligne THT. Mais l'étude du Criirem ne fait pas l'unanimité car elle ne respecte pas, faute de moyens financiers tous les critères scientifiques.

Perte de crédibilité des experts
Chez ERDF, on affirme prendre la question au sérieux. « Nous suivons cette question de très près. C'est important ne serait-ce que pour la santé de nos salariés, explique le Dr Pierre Choasson, médecin du travail à Réseau de transport d'électricité (RTE). Il y a des signaux qui nous font dire qu'il faut poursuivre les études. Par exemple, il faudrait une mesure précise de la dosimétrie, la quantité de rayonnement électromagnétique absorbée. »
L'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques a souligné la perte de crédibilité des experts et d'ERDF vis-à-vis de la population qui doute systématiquement de la véracité de l'information qui lui est donnée. Elle a aussi pointé le risque d'abuser du principe de précaution et de la transformer en cause de blocage.

Jacques DUPLESSY.
Ouest-France - Normandie - 15/06/2009

retour page "Presse"

retour page d'accueil