Publique ou privée ? La gestion de l'eau en débat

Le contrat avec Veolia s'achève en 2012. D'ici fin 2010, la collectivité devra choisir son mode de gestion.

"Renforcer la maîtrise publique dans la gestion de l'eau". Voilà l'enjeu défini par Maxime Paul, vice président de Brest métropole océane en charge de l'épineux dossier de l'eau. Est-ce à dire que la collectivité a depuis longtemps perdu la main sur ce service public entre les mains de Veolia Eau ?

Pas tout à fait. BMO conserve trente agents qui suivent le contrat et les investissements lourds en stations d'épurations ou renouvellements de canalisations (15 à 18 millions d'euros par an). Mais l'élu constate qu'"on a perdu un savoir-faire et la relation à l'usager". C'est Veolia qui facture au client et reverse sa part à la collectivité.

Il ne critique pas un service technique "plutôt bien rendu". Mais des interrogations demeurent sur les frais réels et les bénéfices de Veolia, qui emploie 150 personnes à Brest, pas forcément affectées à 100 % au service de BMO.

 

Maxime Paul, vice-président communiste en charge de l'eau, pour Brest métropole océane : « On ne veut pas imposer de solution ».

La période est difficile. D'autres groupes commencent à se présenter. Veolia est sur un siège éjectable mais doit continuer à assurer son service pendant trois ans. Pas question pour l'instant d'exiger un audit financier externe. "On est en négociations", dit Maxime Paul. Surtout que "rien n'est tranché" quant à la solution d'avenir.


" Un choix politique mais éclairé"

BMO entre dans une phase de concertation. Hier, élus, conseils de quartiers et membres d'associations ont été reçus à la station d'épuration de la zone portuaire, d'abord pour se faire expliquer le système de gestion actuel. Maxime Paul parle d'"éducation populaire". Une autre a lieu le 1er juillet. Suivront à la rentrée des réunions publiques par commune. Enfin, un cycle de conférences-débats s'étalera l'hiver prochain.

Fin 2010, le conseil communautaire devra choisir : gestion 100 % publique en régie ou nouvelle délégation à une entreprise ? "On ne veut pas imposer de solution", explique Maxime Paul. "Il existe toute une palette de possibilités". L'élu communiste, qui avait clairement milité pour un retour à une gestion publique est aujourd'hui aux manettes, plus nuancé, entre deux eaux.

"Nous sommes une équipe communautaire qui a des valeurs", dit-il. Donc oui, "c'est un choix politique, mais éclairé par des arguments techniques". C'est d'ailleurs ce qui ferait la différence avec le "dogmatisme" souvent critiqué dans ce débat, qui avait (un peu) animé les élections municipales de 2008. Mais compte tenu de la très faible mobilisation de la population pour l'instant, c'est à se demander si BMO ne se fait pas peur toute seule.


"L'eau ne doit pas être déléguée à des multinationales"

4 000 signatures
C'est ce qu'annonce le collectif "Pour une gestion publique de l'eau ", qui fait circuler depuis l'automne une pétition demandant "un retour en régie 100 % publique", parce que "ce mode de gestion est le seul qui permette de respecter le strict intérêt des usagers (qualité, prix) et la préservation de la ressource et des milieux naturels".
Selon lui, "la responsabilité publique de l'eau ne doit pas être déléguée à des multinationales". Le collectif compte des partis (Gauche debout, LCR, Verts, Autre gauche BNC...), des syndicats (CGT, Solidaires), des associations (AE2D, Claj.- S-Eau-S, Ti ar Bed...). Très marqué à gauche; il peine à rassembler les consommateurs autour de ce débat.

Eau et rivières
L'association n'a pas de position tranchée sur le mode de gestion. Son intérêt, c'est que "l'environnement soit respecté en amont du point de prélèvement", précise Arnaud Clugery, permanent. "On se demande comment rapprocher les élus de la préoccupation de protection de la ressource". L'entreprise ferait un peu écran entre eux et la ressource. Et son premier souci ne serait pas la qualité du milieu."Veolia n'est jamais partie civile au procès de pollution de rivières."

Les Verts
Le parti écologiste participe au collectif "Pour une gestion publique de l'eau". Selon lui"l'eau est un bien public. On n'accepte pas qu'il serve à rémunérer des actionnaires. C'est une question de principe". Les Verts plaident pour une gestion directe par la collectivité, en régie.

Laurent Prunier, UMP

"On ne sait pas à quelle sauce on va être mangé". Pour l'UMP, la meilleure option aurait été de renégocier le contrat privé à des tarifs plus avantageux, mais bien de laisser les rênes au groupe privé, parce qu' "ils savent faire leur métier". Depuis l'adhésion de BMO à une charte qui promeut une gestion publique de l'eau, Laurent Prunier se doute que ce choix est écarté. Il ne resterait donc plus que le public (régie) ou parapublic (Sem). La Sem, c'est le pire selon lui. "Elle dilue les responsabilités. C'est faire croire que c'est du public tout en gardant le partenaire actuel qui fera de la gestion privée. "À choisir, le chef de file UMP préférerait encore remunicipaliser".

Fortuné Pellicano, groupe des élus indépendants
"Le système a montré ses limites. Un contrat de 25 ans avec un seul opérateur, c'est trop long. Le politique n'a plus la main mise sur un service à la population. Il faut qu'il retrouve sa place de décideur. À mes yeux, la société d'économie mixte serait la meilleure solution. Elle associe l'autorité du politique aux compétences de l'opérateur."


Repères

2012
A cette date, le contrat entre la communauté urbaine de Brest et la société Veolia Eau prendra fin. Signé en 1987, avec la Compagnie de l'eau et de l'ozone (devenue Veolia Eau), il aura duré 25 ans. Veolia Eau gère ainsi un budget de 35 millions d'euros par an. Une remise en question suppose une décision prise à l'avance, dès fin 2010.

Chère à Brest

A 3,66 le mètre cube en 2009 le prix de l'eau à Brest est souvent classé parmi les plus chers de France. Il a augmenté de 4 % par an en moyenne depuis 1987 (1,40 ). Bien plus que le coût de la vie. Brest est confrontée à une eau pompée en surface donc sujette à pollutions et à la proximité de la rade qui suppose des rejets très contrôlés.
 

L'usine d'eau potable de Pont-ar-Bled à Plouedern, devra être modernisée. Coût du chantier : 5 millions d'euros. Un projet de nanofiltration avec Veolia a été abandonné.

Opacité
C'est souvent le reproche fait à l'encontre des groupes exploitants de l'eau, quant au manque de transparence sur leurs marges bénéficiaires. Environ la moitié des communes en France sont sous contrat d'affermage avec un groupe privé. Mais des villes comme Grenoble, Cherbourg ou Angers sont revenues à une gestion publique de l'eau.

Sem

Avant le débat, la Société d'économie mixte semble être la formule miracle pressentie. Plus souple que la régie municipale, elle associe entreprises et collectivités actionnaires dans son conseil d'administration, sous contrôle d'élus majoritaires. EIIe permet l'embauche de personnel sous statut prive. Mais ses détracteurs Ia trouvent tout aussi opaque. Brest compte plusieurs Sem: Sopab (port de plaisance, Quartz, Parc des expositions, parcmètres, Océanopolis, Brest 2008, patinoire) ou Sotraval (incinérateur du Spernot).

Sébastien PANOU.
Ouest-France - Brest - 17/06/2009

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