À Lannilis, le scandale de l'eau empoisonnée

Des taux énormes d'herbicides ont été relevés dans le nouveau forage de la commune.La piste criminelle est envisagée.

Le forage de Lanveur aurait dû être opérationnel en 2010 et fournir la moitié de l'eau de la commune de Lannilis (Finistère). Mais en mars et avril dernier, des analyses ont révélé jusqu'à 5,9 microgrammes d'herbicide par litre. Soit 59 fois la dose légale !

Un niveau de pollution jamais atteint en Bretagne. Surprenant dans un puits foré à 140 mètres de profondeur. Incompréhensible alors qu'aucune pollution n'a été relevée dans la terre alentour. Et franchement louche parce que cette nouvelle molécule de traitement du colza et du chou, le métazachlore, ne serait pas utilisée dans le secteur...

 

Le maire de Lannilis, Claude Guiavarc'h (à gauche) et son premier adjoint Gilbert Bellec, devant le forage. Quelqu'un aurait pu y verser de l'herbicide.

L'usine à lisier recalée

En juin, le maire Claude Guiavarc'h a porté plainte, rejoint par quelques associations de défense de l'environnement qui n'hésitent pas à parler de « terrorisme environnemental ». Le bourg est suspicieux et l'enquête en cours s'annonce difficile.
À Lannilis, les rancoeurs sont légion. Dans ce bastion historique de la droite léonarde, le socialiste Claude Guiavarc'h a arraché le poste de conseiller général en 2004, puis la mairie en 2008. Il a aussitôt relancé le projet d'exploitation du forage, percé depuis 1994 mais non abouti. À 500 mètres du puits, reste le terrassement du projet LSE, qui devait être, en France, la première usine de valorisation du lisier en énergie. Une activité incompatible avec le périmètre de protection du forage.
LSE a finalement capoté en 2005 pour des raisons de protection du paysage. Non sans avoir absorbé, selon le maire, « 3,8 millions d'euros » de subventions et participations des éleveurs.
Rancoeurs de la population vis-à-vis du monde agricole dans cette commune de 5 000 habitants et autant de truies, où les épandages massifs de lisier ont contaminé l'eau en profondeur. Le pompage actuel, sous dérogation, atteint 80 à 90 mg de nitrates par litre et impose une dilution avant consommation (la norme maximale est de 50 mg/l).

Difficile partage de terres

Rancoeurs au sein même de la profession, divisée, face au problème du partage des rares terres agricoles. Le périmètre de protection autour du forage prive les éleveurs d'une vingtaine d'hectares d'épandage.
Jean-François Tréguer, gros éleveur laitier et adjoint dans la municipalité précédente, est le propriétaire de la parcelle du forage : « Cela crée un vrai malaise. Je ne peux pas imaginer qu'un agriculteur puisse faire un acte de cette nature, dit-il. On connaît la valeur de l'eau ». Sa parcelle, il assure ne l'avoir jamais fertilisée ou y avoir apporté « le moindre traitement phytosanitaire ».
Son voisin, Joseph Simon, est amer : le périmètre l'a amputé, en 2004, de huit hectares, « sans contrepartie ». Le Monopoly lui a été fatal. Faute de terres suffisantes pour épandre les déjections de son élevage de 400 truies, l'administration l'a dans le collimateur. Il se dit « à deux doigts d'arrêter ».
Il en veut à la municipalité précédente. « On va donner de l'eau propre aux Lannilisiens sur mon dos. Il y a eu une volonté de me nuire ». Et puis lui aussi vient de porter plainte car son propre puits est contaminé au métolachlore, une autre molécule ! « Il y a de quoi s'interroger » dit-il. C'est sûr.
En attendant, alors que le taux de pollution ne descend que très doucement malgré un pompage soutenu à Lanveur, l'autonomie de l'alimentation en eau potable de toute une commune paraît compromise pour plusieurs années.

Sébastien PANOU
Ouest-France - Bretagne - 18/07/2009

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