Caramba, l'herbe de la pampa mange sur la ville !

Cette plante du Chili est devenue un véritable fléau. Difficile à brûler, broyer ou enfouir, elle s'annonce coûteuse à éradiquer.

En quelques années, le polder, entre Océanopolis et le port de commerce, s'est transformé en une forêt de plumeaux. Joli ? Inquiétant plutôt. La colonisation redouble. L'herbe de la pampa, ou Cortaderia selloana, a débarqué d'Amérique du sud dans nos jardins dans les années 1970-1980.
Aujourd'hui, elle est partout. Au port, mais aussi sur l'ancienne décharge du Spernot, le long des routes et des voies ferrées... « Elle est très opportuniste, peu exigeante, elle s'empare de tous les espaces un peu délaissés », témoigne le conservatoire botanique national de Brest, qui suit son évolution.
L'invasion « s'est accélérée depuis cinq ou six ans », ajoute Jean-Luc Jégou, directeur de l'écologie urbaine à Brest métropole océane. « Sans explications ».
Hormis ses beaux panaches blancs, la graminée a tout pour déplaire. Chaque plant femelle peut produire jusqu'à 10 millions de graines fertiles, pouvant s'éparpiller à 25 km à la ronde selon le vent ! Et sa motte, appelée « touradon » peut atteindre trois mètres de diamètre. Sur le seul polder, il y en a déjà des milliers. Que faire ?

 

Sur le polder, entre Océanopolis et le port de commerce. Chaque plant femelle peut contenir des millions de graines.

En vente libre

BMO en a arraché au tractopelle, puis retourné et enterré. « On observe ce qui se passe », explique Jean-Christophe Gautier, responsable de l'opération. Sur le polder, une partie a été recouverte de gravats, ce qui pourrait poser des problèmes de stabilité aux constructions futures. D'autres plants ont eu les racines sectionnées. Certes, la touffe ainsi extraite est moins grosse mais que faire avec ? La brûler ?
Testée, l'usine d'incinération des déchets ménagers du Spernot a toussé un peu. Elle pourra difficilement absorber les volumes en question (des dizaines de milliers de mètres cubes). Les broyer ? Pour quoi faire, du compost ? Encore faut-il être sûr de la température du compostage et que les broyas ne vont pas bouturer un peu partout ensuite dans les jardins où le compost sera épandu !
« Pour l'instant, on ne sait pas quelle est la solution la plus efficace et à un coût raisonnable », admet Jean-Christophe Gautier, qui n'envisage pas d'action radicale avant deux ans. En attendant, l'herbe de la pampa s'épanouit tous les jours un peu plus.
Une possibilité serait de couper les plumeaux deux fois par an et de les incinérer en sac poubelle pour éviter la dissémination de graines. Cela suppose une coûteuse main-d'oeuvre. Et des résultats imparfaits. Car des plants sont toujours en vente en jardinerie et tant qu'aucune obligation de couper les plumeaux (par arrêté préfectoral par exemple comme pour les chardons) n'est faite aux particuliers, les graines d'herbe de la pampa voleront aux quatre vents.

Repères

Invasives
À ne pas confondre avec « envahissantes », les plantes « invasives » sont exotiques. Après la destruction des milieux naturels, c'est la seconde cause de baisse de biodiversité dans le monde, car elles finissent par occuper tout l'espace et étouffer les espèces indigènes. Ainsi, le liparis de Loesel, une orchidée rarissime, serait menacé en Finistère par l'expansion de l'herbe de la pampa. Certaines, comme l'ambroisie, décelée au port de commerce, peuvent causer des allergies respiratoires.

Recensées
48 espèces invasives ont été recensées dans le Finistère, dont une vingtaine sur Brest. C'est une ville, un port, avec beaucoup d'échanges. Voici les principales espèces : jussie, spartine alterniflore, spartine anglaise, élodée dense, myriophylle du Brésil, petites lentilles d'eau, crassule de Helms, herbe de la pampa, renouées du Japon, séneçon en arbre, griffe de sorcière, laurier palme, rhododendron, séneçon du cap, ail triquètre.

 

Prisé pour les aquariums et mares de jardin, le myriophylle du Brésil est joli, mais invasif.

Peu de réglementation
Seule la jussie, qui colonise les cours d'eau et étangs et pose de graves problèmes de navigation notamment sur les canaux, a fini par être interdite de commercialisation en mai 2007. Les autres sont en vente en jardineries ou magasins d'aquariophilie. L'Etat plancherait de nouveau sur une liste.

Que faire ?
D'abord, ne pas en acheter et en planter. Quand elles sont là, les couper, les sécher puis les brûler. Avant de vider un aquarium, bien enlever les plantes, et les brûler ou les mettre à la poubelle d'ordures ménagères (incinérées).

En savoir plus
Une exposition sur les plantes invasives du Finistère est en cours au Conservatoire botanique national, vallon du Stang-Alar, pavillon d'accueil, mercredis et dimanches, de 14 h à 17 h.

Des menaces sur la production d'eau potable

Trois questions à...Jean-Christophe Gautier, responsable des espaces naturels à Brest métropole océane.

L'herbe de la pampa est très visible. Il y a pire ?
Les espèces aquatiques comme la jussie ou l'élodée sont celles qui nous inquiètent le plus car elles menacent la production d'eau potable. Il y a deux ans, des crépines d'aspiration se sont bouchées dans l'étang de Kerleguer. Derrière le Spernot, l'usine de Kerleguer fournit 15 % de l'eau potable de BMO. L'étang était entièrement colonisé.
On a arraché la jussie. L'élodée, trop fine avec ses petits filaments, se fauche. Il a fallu égoutter, broyer puis incinérer quelques centaines de mètres cubes. La logistique est énorme. Les bennes sont étanches et il faut les passer au balai pour éviter de disséminer des bouts de plantes.

Quel est votre pronostic pour la lutte contre les espèces invasives ?
On n'arrivera jamais à éradiquer l'herbe de la pampa. Le but, c'est de la maîtriser. À terre, il y a aussi la renouée du Japon, en bords de routes. Elle peut pousser de 8 cm par jour ! Et prolifère par bouturage et rizomes. La tache est immense. Dans les étangs, avec la jussie et l'élodée, on sait faire. Mais on n'a vraiment pas la logistique pour. Et ça repousse à toute vitesse. On devrait quand même y arriver. C'est une question de temps et d'argent.

Quelle est votre approche générale ?
Ne pas foncer tête baissée. Le remède peut être pire que le mal en favorisant la dissémination. Il faut se méfier des recettes miracles qui vont coûter des millions. Nous sortons de deux ans d'inventaire, avec le Conservatoire botanique et l'Institut de géoarchitecture. Nous sommes dans une période d'échange, avec les autres collectivités. Un observatoire régional des plantes invasives devrait être mis en place.

Sébastien PANOU.
Ouest-France - France - 22/01/2009

retour page "Presse"

retour page d'accueil