Climat : l'Europe peine à mener la bataille

L'Union européenne se veut exemplaire dans la lutte contre les gaz à effet de serre. Mais elle-même aura du mal à atteindre ses objectifs.

Le rendez-vous est historique, même si la campagne des élections européennes semble l'ignorer. À Copenhague, en décembre prochain, se jouera le sort de la planète, ni plus ni moins. Le temps du déni est bien fini. La hausse des températures doit être enrayée, les rejets de gaz à effet de serre jugulés, sinon le siècle court au désastre climatique. Il n'y a plus que Claude Allègre pour divaguer encore sur les causes non humaines du réchauffement planétaire. Et dans ce combat, l'Europe est en pointe, loin devant l'Amérique, qui cherche avec Obama à combler son retard.
 

L'ambitieux accord de Poznan, en 2008, achoppe sur la poursuite des intérêts nationaux tels que la défensedes industries automobiles. : Reuters

L'après Kyoto.
Depuis les accords de Kyoto signés en 1997, l'Europe mène le bal des négociations climatiques. C'est elle qui a toujours donné l'exemple. Elle a résisté aux coups bas de l'administration Bush. Elle a défendu les mécanismes de transfert de technologies propres vers les pays défavorisés. Elle a su convaincre les grands pays émergents, notamment la Chine, l'Inde et le Brésil, de s'impliquer dans ce défi. Elle a créé le premier marché au monde du carbone, en se dotant de quotas par pays et par industrie.
Mieux, fin 2008, à l'arraché, elle a pu afficher, à la conférence internationale de Poznan, un accord historique, dixit Nicolas Sarkozy. Les vingt-sept pays de l'Union européenne se sont engagés à réduire de 20 % par rapport à 1990, leurs émissions de gaz à effet de serre. Tout cela d'ici à 2020. Et l'Union fera mieux, 30 %, si un accord international est conclu à Copenhague.

Des échappatoires.
Aujourd'hui, l'Union peut donc se poser en exemple. Elle semble même jouer aux maîtresses d'école avec Barack Obama, en estimant que les efforts qu'il annonce- 17 % de gaz à effet de serre en moins d'ici 2020 par rapport à 2005 - sont encore très insuffisants. « Allez, mon grand, tu peux faire mieux ». Mais rien ne se conclura à Copenhague sans la bonne volonté américaine.
Et puis, à y regarder de plus près, les engagements européens pris à Poznan ont très sérieusement besoin d'être consolidés. La croissance verte, clamée ici et là, reste encore à construire. Sous l'impulsion de l'hyperprésidence européenne de Nicolas Sarkozy, en décembre, c'est avant tout un accord très politique qui a été conclu. Le « paquet énergie-climat », comme on l'appelle, très ambitieux au départ, a été truffé d'échappatoires. Chaque pays, au nom de la défense de son industrie automobile, de sa chimie, de ses aciéries, de son agriculture... bref, au nom de ses intérêts propres, a obtenu des concessions. Le paquet a été raboté de toute part et nul ne sait si, en l'état, les 20 % de réduction de gaz à effet de serre pourront être atteints.
L'Europe se veut vertueuse. Mais elle a tort quand elle se pose en donneuse de leçons.

Bernard LE SOLLEU.
Ouest-France - France - 22/05/2009

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