Qui a empoisonné la source de Lannilis ?

L'eau du nouveau forage, soudain contaminée par un herbicide, en pleine procédure d'ouverture. Le maire a porté plainte. Les associations se mobilisent.

Le malaise est palpable à Lannilis. Qui aurait osé verser une forte quantité d'herbicide dans un puits prévu pour alimenter bientôt cette commune de 5 000 habitants ?

La suspicion couve depuis mars. La mairie allait lancer une enquête d'utilité publique sur le forage de Lanveur, un ouvrage qui doit enfin garantir une eau de qualité. Une denrée rare dans cette zone d'élevage intensif où le dernier captage d'eau potable affiche trop souvent des taux de nitrates hors normes. La mise en service du forage était prévue pour fin 2010. Il devait alimenter la commune à hauteur de « 40 ou 50 % » selon le maire Claude Guiavarc'h.

Et patatras ! Une nouvelle analyse a soudain décelé 0,53 microgrammes par litre, de métazachlore, un puissant herbicide. Et la suivante en avril, 5,9 microgrammes. Soit 59 fois la dose maximale autorisée !

 

Au delà de l'enquête sur cette « pollution volontaire », un collectif d'associations milite pour une plus grande protection des captages d'eau potable en général.

De telles concentrations n'existent pas en Bretagne, même sous un champ cultivé traité. Accident ? Citerne percée ou renversée ? Difficile à croire. D'autant que le forage est profond (140 mètres) et que les analyses alentours, à moindre profondeur, n'ont rien décelé. Reste la possibilité d'une faille souterraine qui communiquerait avec une source importante de polluant... Personne n'y croit vraiment. Ce sera à l'enquête (difficile) de le dire.

« Terrorisme »

Le maire a porté plainte. Des associations de défense de l'environnement aussi. Et les particuliers s'y mettent. Samedi, un collectif d'associations (1) qualifiant cet acte de « terrorisme environnemental », a réuni une cinquantaine de personnes.

Aujourd'hui, à force de pomper (15 m3 à l'heure depuis trois semaines !), le taux est redescendu (1,3 microgramme). Mais pas assez pour que l'eau soit potable, ni même traitable.

Percé depuis plus de dix ans, ce forage n'était pas exploité faute d'accord avec les propriétaires des terrains alentours pour définir un périmètre de protection. Claude Guiavarc'h, élu en 2008, avait relancé la procédure. « Sans opposition frontale » dit-il. Les rachats ou échanges de terrains portent sur 20 ha.

Et maintenant ? « On est dans le mystère, l'inconnu », dit le maire. L'enquête publique se termine mardi. En cas de refus administratif d'utiliser ce forage empoisonné, Lannilis devra se tourner à 100 % vers l'usine d'eau potable de Kernilis, elle-même en situation délicate (lire par ailleurs). Pour Laurent Berrezaie, président de l'association Kan an dour, il est temps de s'intéresser à la protection des captages en général.

(1) Kan an Dour, Diwall an Aberiou, Abers nature, AQVMCV, S-Eau-S, AE2D, Eau et Rivières...

Nitrates : l'Aber-Wrac'h est aussi en sursis

A 8 km de Lannilis, l'usine d'eau potable de Kernilis est souvent appelée en complément pour les communes du nord Finistère (Syndicat du Bas Léon). Elle dénitrate l'eau pompée en surface dans la rivière de l'Aber-Wrac'h pour alimenter 80 000 personnes. Ce pompage, dans une moindre mesure que celui sur l'Horn, encore plus pollué (il doit fermer le 30 juin), a en partie justifié la condamnation de la France en 2007 par la cour de justice européenne quant aux dépassements de nitrates dans les rivières bretonnes. L'usine a une dérogation depuis 2004, renouvelée en 2007 par l'Etat, sous condition que la rivière revienne à des valeurs légales d'ici fin 2009 : soit moins de 18 jours de dépassement des 50 mg de nitrates par litre. Mission impossible. En 2008, elle était encore à près de 200 jours de dépassement !

Sébastien PANOU.
Ouest-France - Finistère - 22/06/2009

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