La haute tension fait-elle disjoncter les animaux ?

Un jugement a donné raison à des éleveurs. La ferme expérimentale de l'école d'ingénieurs agronomes de Paris-Grignon s'est emparée du sujet.

Hémorragies, ulcères, avortements, grippe au coeur de l'été... Pour les animaux, il ne fait pas bon vivre sous une ligne à très haute tension. En Corrèze, après quinze ans d'un bras de fer douloureux, une famille d'éleveurs a obtenu la condamnation du Réseau de transport d'électricité (RTE). C'était le 28 octobre. RTE devra verser 390 648 .

Depuis, les Marcouyoux, installés à Latronche dans la vallée de la Dordogne, reçoivent des appels de toute la France. Et l'affaire trouve un écho dans l'Ouest avec le projet de ligne à très haute tension (400 000 volts) qui doit relier le nord de la Manche au Maine-et-Loire.

 

Sérieux ou pas ? Les exploitations agricoles sont des lieux propices à l'apparition de courants électriques dit parasites - de faible intensité - du fait de la présence de nombreuses structures métalliques et de l'humidité. La présence à proximité d'une ligne à très haute tension peut en être à l'origine, de par le phénomène physique de l'induction. Ces courants peuvent expliquer les troubles constatés dans certains élevages. C'est ce qui ressort d'une étude menée dans la ferme expérimentale de l'école d'ingénieurs agronomes de Paris-Grignon.

Du courant dans l'abreuvoir
Des courants non prévus peuvent se loger dans un abreuvoir ou une mangeoire, et les animaux y sont particulièrement sensibles. Avec leur museau mouillé et leurs quatre pattes ils ressentent des décharges imperceptibles pour l'homme. Pour s'en convaincre : il suffit de placer les bornes d'une pile 4,5V sur sa langue pour ressentir un léger picotement.

Les symptômes sont encore mal connus. Classiquement, on observe chez les animaux des signes de nervosité, une baisse de la production et de la qualité du lait des vaches ou encore une diminution du poids des porcs. C'est pour tenter de préciser ces connaissances que Karim Rigalma, doctorant d'AgroParisTech, étudie les effets du courant sur un troupeau de vaches laitières en production.

Il a déjà été établi qu'un seuil minimum de 2,3V dans une mangeoire était nécessaire pour perturber la prise de nourriture des animaux. Dans un second temps, une expérimentation a été menée pendant huit semaines sur trois lots de vaches laitières en production. L'abreuvoir de certaines était électrifié en continu, pour d'autres aléatoirement et, enfin, un dernier, sans électricité, a servi de témoin.

La quantité d'eau bue a été mesurée ainsi que les réactions des animaux à l'aide d'une caméra. Enfin, le chercheur a relevé chaque jour le volume de lait produit par les vaches ainsi que leur taux de cortisol sanguin, une molécule indicatrice du stress chez les animaux. L'analyse de cette somme importante de données est en cours et les conclusions seront établies d'ici à septembre 2009.

Antonin GARNIER.
Ouest-France - Bretagne - 23/01/2009

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