« La Bretagne ne doit pas baisser les bras »

Explosion du chômage, ligne à grande vitesse, sécurité énergétique... Avant son départ en Loire-Atlantique, le préfet de Région passe en revue quelques grands dossiers bretons.

Entretien Jean Daubigny. Préfet de Bretagne.

Vous quittez la Bretagne en pleine tempête : en un an, le chômage a augmenté de 30 %, les transactions immobilières ont chûté de 40 %, le prix du lait de 15 %...
Ce n'est pas une tempête bretonne, c'est une tempête mondiale. Elle ne doit pas dissuader la Bretagne de continuer à s'ouvrir au reste du monde. Au contraire, elle doit l'inciter à essayer de discerner davantage les créneaux économiques dans lesquels elle pourra le mieux tirer son épingle du jeu.
D'autre part, si la dégradation des chiffres de l'économie est brutale, c'est qu'ils étaient meilleurs qu'ailleurs. Et le restent encore : le taux de chômage de l'Ille-et-Vilaine s'élève à 5,3 % ; celui de la Bretagne à 6 % ; la moyenne nationale est de 7,2 %. Nos fondamentaux sont bons : on sait que la Bretagne a un très bon niveau de formation, que la population augmente, que les laboratoires de recherche de notre université comptent 3 000 doctorants.

Malgré tout, personne ne prédit la fin de l'orage à court terme...
C'est juste. À l'automne, on peut encore craindre des licenciements et des plans sociaux. Mais c'est aussi à l'automne que les effets du plan de relance se feront le plus sentir. L'État s'est engagé à faire cent millions d'euros d'investissements supplémentaires dans la région. A ce jour, 45 % sont engagés et un peu plus de dix millions ont déjà été payés.
Par le jeu des remboursements anticipés de TVA aux collectivités qui investissent, 241 millions seront versés à ce titre cette année. Rien que pour soutenir l'automobile, la prime à la casse a représenté treize millions d'euros en Bretagne depuis décembre dernier. Il fallait des moyens. Nous les avons mis. Et très vite. Il n'y a donc pas lieu de baisser les bras.

Vous parlez de moyens : le financement de la ligne à grande vitesse (LGV) qui doit mettre Brest ou Quimper à trois heures de Paris est-il bouclé ?
La LGV devrait coûter 3,4 milliards. Nous visons une mise en service en 2014-2015. Dans les dix jours, la répartition du financement entre l'État et les Collectivités sera fixée. Le calendrier est parfaitement tenu : les acquisitions foncières se font au rythme prévu.

Vous partez en Loire-Atlantique. Sentez-vous les élus bretons réellement désireux de récupérer ce département en Bretagne ?
J'ai lu sur ce sujet des sondages d'opinion qui aboutissaient à des conclusions contradictoires. L'État a répété récemment que des regroupements étaient possibles, mais sur la base du volontariat. Et le volontariat, c'est aux élus de l'exprimer.

« La Bretagne ne peut faire l'économie d'une nouvelle centrale »

Autre dossier que trouvera le successeur de Jean Daubigny : l'approvisionnement énergétique. Après l'échec du projet de centrale à Ploufragan, la construction d'une nouvelle centrale est-elle toujours à l'ordre du jour ?

« En Bretagne, la consommation d'électricité augmente deux fois plus vite que la moyenne nationale. Or nous produisons moins de 7 % de ce que nous consommons. En outre, nous sommes une péninsule, où le maillage de l'alimentation électrique est plus difficile à faire qu'ailleurs : si les centrales qui nous fournissent ordinairement (Cordemais, Flamanville) voient leur production fléchir, nous avons plus de mal à leur trouver des substituts.

Conclusion ? Il faut développer à fond toutes les énergies renouvelables. Mais même lorsque nous l'aurons fait, il nous manquera encore beaucoup. La Bretagne ne peut donc pas faire l'économie d'une installation de pointe pour produire la quantité d'énergie dont elle a besoin.

Les collectivités locales doivent s'engager pleinement sur ce dossier. On n'y arrivera pas par une décision souveraine de l'État. Même si je n'oublie pas qu'en cas de pépin dans l'alimentation de la Bretagne, avec toutes les conséquences que cela aurait dans le domaine de l'agroalimentaire, l'opinion se tournerait vers nous pour nous demander des comptes... C'est un dossier qu'il n'est pas imaginable de laisser en souffrance. »

Recueilli par Philippe BOISSONNAT.
Ouest-France - Bretagne - 23/07/2009

retour page "Presse"

retour page d'accueil