Ondes : « Pas seulement un problème de santé »

Pour le sociologue Olivier Borraz (1), la controverse sur les antennes-relais et la santé occulte d'autres inquiétudes, mal prises en compte. Entrtien.

Pourquoi le risque sanitaire est-il mis en avant dans l'opposition aux antennes relais ?
En 1999, la France venait de se doter d'un dispositif de sécurité sanitaire. Le scandale de l'amiante avait beaucoup perturbé les ministères. Un rapport a donc été commandé pour évaluer les risques sanitaires de la téléphonie mobile. Le rapport Zmirou, remis en 2001, estimait que, pour les portables, le risque n'était pas avéré mais qu'il fallait appliquer le principe de précaution. Il dédouanait au contraire les antennes... mais recommandait cependant de les éloigner des écoles afin de rassurer l'opinion publique. Cette recommandation a alimenté la controverse. Dès lors, le débat national sur les antennes relais est demeuré exclusivement centré sur la santé.

Mais il y avait déjà des oppositions aux implantations ?
Priartèm (une des associations) est née après une mobilisation, à l'Île-aux-Moines, initialement pour dénoncer les implantations anarchiques et la gêne visuelle constituée par les antennes. L'implantation de ces antennes a été un phénomène rapide et massif. Entre 1994 et 2000, plus de 33 000 ont été déployées, il y en a près de 50 000 aujourd'hui. Les opérateurs reconnaissent eux-mêmes qu'ils l'ont fait de manière cavalière, au départ, sans trop s'embêter à consulter les populations.

Le paradoxe est qu'une immense majorité de la population utilise des téléphones portables, qui émettent beaucoup plus d'ondes ?
Oui, mais il y a l'idée qu'on peut contrôler son risque. Alors que la mise en place d'une antenne est un risque subi, qu'on vous impose.

Les associations opposantes demandent une baisse radicale des valeurs d'exposition aux ondes, donc des antennes moins puissantes, mais plus nombreuses. Gérable ?
Quand on regarde les situations locales, les gens ne demandent jamais que la puissance soit réduite, mais que l'antenne soit démontée ou installée ailleurs. Sans, généralement, se préoccuper de la nouvelle implantation. L'argument sanitaire est rarement le seul qui est mis en avant. Il y a d'autres demandes locales, parfois latentes, d'ordre social, économique ou politique. Il peut s'agir d'exprimer une forme de vulnérabilité, un sentiment d'abandon, ou de lutter pour l'identité d'un lieu.

La table ronde a-t-elle une chance d'apaiser le débat ?
Je ne crois pas, surtout en le ciblant sur la santé. On s'obstine à croire que la science va clore le débat. C'est un mythe. Tous les efforts accomplis jusqu'ici pour rassurer l'opinion publique ont échoué : il serait temps que les pouvoirs publics se donnent les moyens de comprendre et de répondre aux inquiétudes des populations.

(1): Olivier Borraz. Sociologue, directeur de recherche au CNRS. Il participe à la table ronde sur les ondes. Auteur de Les politiques du risque (Presses de Sciences Po), 300 pages. 24 .

Recueilli par Philippe RICHARD.
Ouest-France
- France - 24/04/2009

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