Depuis AZF, le port de Brest dans le collimateur

Un dépôt d'engrais a fermé. Un bras de fer s'est engagé pour mettre les sphères de gaz Primagaz sous talus. Les travaux sont en cours.

AZF Brest a fermé

Lors de l'explosion d'AZF à Toulouse, une usine AZF Soferti existait au port de commerce. Elle avait stoppé sa production d'engrais en 1996. Mais en septembre 2001, cette filiale brestoise de Total était encore un lieu de stockage important d'ammonitrates. Elle en contenait en vrac, entre 500 et 1 000 tonnes (contre 300 tonnes à Toulouse), dans le hangar Soferti, au rond point des Grèbes, à quelques centaines de mètres du Guelmeur.

En tout, ce sont 5 000 tonnes d'engrais qui y étaient entreposés, pour la plupart moins explosifs que les ammonitrates. Quelques jours après la catastrophe de Toulouse, les services de l'État, après inspection des installations, ont demandé à Soferti de se mettre aux normes (capteurs, équipements de sécurité, plans d'intervention...). Mais l'entreprise, qui employait encore une dizaine de personnes, a préféré fermer dès 2002. Modernisé, l'endroit est devenu le siège de Guyot environnement en septembre 2008.

 

À Imporgal, les travaux ont commencé. Les prochaines sphères de gaz seront recouvertes d'un sarcophage en béton, puis de sable, pour éviter tout contact avec une source de chaleur.

Les sphères de gaz sous talus

Le dossier Imporgal a été le plus tendu. Ce dépôt de gaz de pétrole liquéfié (GPL) de Primagaz, d'une capacité de 9 500 m3, est l'un des plus importants en France. C'est l'un des 611 établissements industriels classés Seveso 2 « seuil haut » (risque le plus élevé). Avec la loi Risques de juillet 2003, l'État a imposé une nouvelle étude de danger.

Celle-ci, après calcul d'une éventuelle explosion de boule de gaz en altitude, a élargi le périmètre de sécurité à plus d'un kilomètre. À Saint-Marc, environ 10 000 habitants se sont trouvés concernés et limités dans leurs projets immobiliers. Un long bras de fer s'est engagé entre l'État et Primagaz. Ce dernier contestait l'intérêt, demandait que les mêmes calculs soient faits pour les sites nucléaires, espérait un soutien financier.

Finalement, débouté en justice, Primagaz a cédé. « La situation est très apaisée », se réjouit Thierry Guillien, responsable de la sécurité de Primagaz. Le stockage sera réduit de 25 % et plus confiné.

Une sphère a déjà disparu. Deux sont en construction sous talus. Elles seront couvertes d'un coffrage en béton et de sable pour éviter tout contact avec une source de chaleur. Montant des travaux en cours selon Imporgal : 10 millions d'euros. Ils devraient s'achever fin 2009.

Simples évents à Stockbrest

Les 22 cuves du dépôt pétrolier Stockbrest (filiale du groupe Rubis) ont une capacité de 120 000 m3 de fuel et gasoil. Il est également classé Seveso 2 « seuil haut ». Là, l'option choisie pour limiter le risque est d'empêcher toute montée en pression rapide. Une solution bien plus simple et moins coûteuse (quelques dizaines de milliers d'euros) qu'à Imporgal. Des évents sont en cours de pose sur les cuves.

Risque d'effet dominos

Comparé à Donges, Dunkerque ou Le Havre, le port de commerce de Brest concentre des installations classées sur un petit site, à quelques centaines de mètres des habitations de Saint-Marc et du Guelmeur. Toutefois, l'exiguïté est encore pire à Lorient... Ce que les experts nomment « l'effet domino » est à envisager. Une catastrophe pourrait en engendrer une autre. Au-delà des sites Seveso 2, doivent donc être pris en compte toutes les activités à risque : les silos de la CCI, l'usine Cargill (400 tonnes d'hexane, un solvant hautement inflammable), la station de déballastage, la réparation navale à la Sobrena, le broyage et le tri de métaux à Brest récupération...

Routes et terminal pétrolier au coeur de la zone à risques

Les lieux recevant du public sont mal venus à proximité des industries Seveso 2. Ainsi, Ty Yann a renoncé en 2002 à installer sur son site du Moulin-Blanc un nouveau centre d'accueil d'enfants. Une extension d'Océanopolis était compromise tant qu'Imporgal ne modifiait pas son stockage. De même, les axes routiers pourraient être concernés. Rappelons que l'accident de Toulouse avait fait des victimes sur l'autoroute proche.

Pourtant, en 2000, Brest métropole océane était parvenue à imposer le principal accès au Moulin-Blanc et Océanopolis en élargissant une route qui longe les grilles d'Imporgal et Stockbrest. En plein coeur de la zone à risques ! Les industriels ont soulevé la question du danger d'une collision avec les camions de livraison à proximité du dépôt. En vain. « Avec l'expérience, cela se passe plutôt bien », admet aujourd'hui Thierry Guillien (Imporgal).

 

Au quai QR5, sont déchargés du gaz et des hydrocarbures.

Par ailleurs, la pénétrante sud (route du Vieux Saint-Marc), l'un des principaux accès de Brest, qui longe les falaises de Saint-Marc, expose aussi bon nombre d'automobilistes. Un vrai caillou dans la chaussure de la collectivité, qui doit négocier avec les industriels et l'État pour élaborer un Plan de prévention des risques technologiques (PPRT), avant avril 2010. Supprimer ces axes est-il impossible ? À Donges près de Nantes par exemple, le déplacement de la voie ferrée empruntée par les trains à passagers est évoqué en ce moment.

Point de livraison sensible

Parmi les points chauds à venir, celui des terminaux d'hydrocarbures. Brest est sur la liste des sites présentant un « noeud de transport », comme stipulé dans la loi Risques. Le terminal portuaire où viennent livrer pétroliers et méthaniers est un point sensible où transitent chaque année environ deux millions de mètres cubes de gaz et hydrocarbures.
Les experts en pollutions en accidents de mer eux-mêmes se disent ignorants quant aux effets d'un accident majeur sur un méthanier. Ce terminal doit donc être l'objet lui aussi d'une étude de danger, comme le demandait d'ailleurs l'association de riverains Brest risques Seveso. La chambre de commerce, exploitant du port, aura cette lourde tache d'ici 2010.

Sébastien PANOU.
Ouest-France - Brest - 25/02/2009

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