Les sols de notre planète crient famine

On les a trop abreuvés d'engrais, de pesticides... Pour nourrir l'humanité, il va falloir s'intéresser à ce qui se passe sous nos pieds. Attention fragile.

Requiem en sol majeur. Matraqués, piétinés, abreuvés de substances toxiques, soumis à un régime de culture intensive, les sols tirent la langue, et peinent à se reconstituer. « Ils sont pourtant le véritable panier à provisions de l'humanité », alerte Daniel Nahon (1), professeur de géosciences à l'université d'Aix-en-Provence. « Sans le sol, la vie végétale serait réduite à sa plus simple expression: des mousses et des lichens. »

Attention fragile. Ce n'est pas un hasard si la Commission de Bruxelles s'est emparée du dossier. 17 % de la surface du territoire européen est affectée par l'érosion. La France, première puissance agricole européenne, affronte les mêmes difficultés. Elle se trouve aujourd'hui en première ligne sur ce dossier grâce à ses chercheurs. Car l'enjeu est bien là, si l'on veut répondre au défi du Grenelle, continuer à bénéficier d'une agriculture offrant des rendements élevés et respecter l'environnement, cela passe en partie par les sols.

 

« Dans le monde, près d'un quart des terres utilisées par l'homme sont dégradées », s'inquiète Daniel Nahon, professeur de géosciences. : AFP

L'avenir se joue sous nos pieds

Il existe un bureau européen des sols. Mais la France est allée plus loin dans ce qui constitue « une véritable première mondiale », selon Guy Richard, directeur de recherches à l'Inra d'Orléans. Une équipe de chercheurs a sillonné la France. Il vient d'achever la cartographie des sols de l'Hexagone. Toutes ces données stockées dans une solothèque vont permettre de dresser la carte de fertilité, de contamination, mais aussi de diversité microbienne des sols français.

Tout ou presque reste à découvrir dans ce domaine. La fine couche de terre qui recouvre la croûte terrestre reste encore aujourd'hui une terra incognita dont on sait encore peu de choses. « Notamment le rôle joué par les micro-organismes dans la dégradation de la matière organique est considérable, analyse Daniel Nahon. Ils se comptent par millions, voire par dizaines de millions d'individus dans un gramme de sol. »

Les sols jouent un rôle vital dans le développement et la résistance des plantes. Ils filtrent l'eau de pluie. Les négliger, c'est rayer d'un coup de crayon une lente métamorphose qui s'est opérée pendant plusieurs milliers d'années. « Il faut 500 ans pour reconstituer 5 cm de sol », observe Guy Richard.

Sous pression, les sols se meurent et l'eau se tarit. C'est l'un des grands enjeux de la recherche agronomique, l'une des voies à explorer pour doubler la production agricole, à l'horizon 2050. La planète devrait alors compter 9 milliards d'habitants. « Si on le fait rien, on court à la catastrophe », observe Guy Nahon, au terme d'une carrière passée à prendre le pouls de la terre.

Patrice MOYON.
Ouest-France - France - 28/02/2009

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