Le chantier anglais attend l'ex-Clemenceau

Le bateau devrait faire route la semaine prochaine jusqu'à Hartlepool, en Angleterre où il sera démantelé. Le chantier prendra onze mois.

Un cimetière pour navires à bout de souffle. Voilà à quoi ressemble le centre de démantèlement d'Able UK, près d'Hartlepool, une ville industrielle de 86 000 habitants située au Nord-Est de l'Angleterre. Amarrés aux quais de béton, quatre gros navires de guerre américains rouillent lentement en attendant d'être démontés.

Ce mercredi matin, seuls quelques hommes, la tête vissée dans des casques, arpentent le chantier. Mais la vie devrait bientôt s'accélérer. L'épave du Clemenceau est attendue « début février », précise Peter Stephenson, président de la firme.
 

Le centre de démantèlement d'Hartlepool, ville du Comté de Durham : un spectacle de désolation. : Ouest-France

« Il devrait mourir à Brest »

Après un aller-retour médiatisé vers l'Inde, le Clem' sera détruit par ce chantier anglais qui a remporté le marché en proposant un prix très inférieur à celui de ses concurrents. Des semaines qu'Able UK attend que les conditions météo et les marées permettent l'arrivée de son plus gros pensionnaire. Les quatre navires américains ont été répartis de chaque côté du bassin pour laisser place à l'ex-porte-avions, long de 266 mètres.
La manoeuvre d'entrée promet d'être difficile dans ce chenal étroit, ouvert sur la rivière Tees. « Nous sommes prêts depuis mai, assure Peter Stephenson. Et puis, nous disposons de la plus grande cale sèche du monde. »
Une fois le navire amarré, le bassin de 10,65 ha sera fermé par un barrage et vidé de son eau. Une procédure destinée à protéger la rivière de la contamination. Puis le bateau sera débarrassé de tous ses éléments non ferreux (bois, plastiques, verres...) et de ses 700 tonnes de matériaux amiantés. La fibre toxique sera emprisonnée dans deux épaisseurs de plastique avant d'être enterrée à 200 mètres de là. Les 24 000 tonnes d'acier restantes seront fragmentées et vendues. Onze mois s'écouleront avant que le Clemenceau ne soit détruit.
« Une fois enterrée, l'amiante est prisonnière à l'intérieur de la roche. Ni le vent ni la pluie ne peuvent la libérer », rassure Peter Stephenson. Certains voisins du site s'inquiètent pourtant de voir grandir ces collines gorgées d'amiante, à deux pas d'une centrale nucléaire encore en activité. Une association locale bataille depuis plusieurs mois contre la venue du Clemenceau. « Ce bateau est né à Brest, il devrait mourir à Brest, lance Jean Kennedy, de « Friends of Hartlepool ». Nous ne sommes pas la poubelle du monde. »

Départ imminent
Le remorqueur chargé d'amener l'ex-Clemenceau en Angleterre est attendu, aujourd'hui, à Brest. Cette arrivée laisse présager un départ imminent de la coque Q790, nom officiel de l'ancien porte-avions, à destination du chantier Able UK de Hartlepool. La traversée prendra entre quatre et six jours selon les conditions de mer.

Karine LE LOËT. (correspondante à Londres)
Ouest-France - France - 30/01/2009

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