« Lisier en janvier, baignade en danger l'été ! »

Des associations environnementales réclament au préfet le report de la date d'épandage actuellement fixée au 15 janvier. La qualité des eaux de la baie de Saint-Brieuc en dépend. Explications.

De quoi parle-t-on ?
La directive « nitrates » est une directive européenne de 1991, qui vise à lutter contre la pollution des eaux par les nitrates d'origine agricole. Elle se traduit par un arrêté préfectoral (plan d'action) qui est révisé tous les quatre ans. C'est le cas cette année. Cet arrêté définit les mesures réglementaires à respecter. Ce projet de 4e plan d'action est actuellement en consultation publique en préfecture jusqu'au 17 juillet. Outre cette consultation, la préfecture prend des avis auprès d'administrations (Direction départementale de l'équipement et de l'agriculture, par exemple) ; de collectivités territoriales (dont le conseil général) et de la chambre d'agriculture. À l'issue de cette consultation publique et de cette prise d'avis, un Conseil départemental de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques est organisé. Cette instance consultative émettra également un ou des avis. Au vu de l'ensemble de ces avis, le préfet signera l'arrêté en l'état ou le modifiera.
 

Une vingtaine d'adhérents d'associations environnementales ont remis, hier, au préfet une motion lui réclamant le report des dates d'épandage de lisier.

Quel est le problème ?
De nombreuses réunions entre le préfet de région, le préfet des Côtes-d'Armor, la chambre d'agriculture, des associations environnementales, des élus ont déjà eu lieu. Ces rencontres ont abouti à un consensus costarmoricain autour du fait que l'autorisation d'épandre du lisier sur les terres destinées aux cultures de printemps, tel le maïs, soit reportée en avril. Car, en hiver, l'absence « d'évapotranspiration », sur des sols saturés d'eau et sans végétation, les lessivages et ruissellements vers les cours d'eau sont inéluctables. Or, les associations environnementales constatent que l'actuel projet de plan contient toujours, pour le moment, l'autorisation d'épandre au 15 janvier. Hier, à 14 h 30, une vingtaine d'adhérents de Vivarmor Nature, Eau et rivières, comité local des pêches, Fédération Nature et environnement... ont apporté une motion au préfet pour lui redemander que les dates d'épandage soient reportées du 15 janvier au 15 février sur les céréales et du 15 janvier au 1er avril sur les cultures de printemps telles que le maïs et la betterave. Parmi eux, il y avait notamment André Pochon, l'un des promoteurs de l'agriculture durable, et l'ex-sénateur socialiste, Claude Saunier.

Quels sont les risques ?
« Lisier en janvier, baignade en danger l'été », estiment les associations. Selon elles, l'épandage en janvier entraîne une accumulation de nitrates à l'origine, notamment, de la prolifération d'algues vertes dans la baie de Saint-Brieuc, mais aussi d'une contamination bactériologique. Or, la France est déjà dans le collimateur de l'Europe pour non-respect de la directive nitrates : Bruxelles accuse justement, en premier lieu, les épandages autorisés au 15 janvier. Des amendes sont à la clé. Pire encore : le parlement européen pourrait contraindre la baie de Saint-Brieuc à fermer ses zones conchylicoles, de pêche à pied et de baignade !
Pour éviter cette « catastrophe » et pour « plus de cohérence », les associations interpellent l'opinion publique et invitent la population à signer le registre d'enquête à la préfecture ou sur internet www.cotes-darmor.pref.gouv.fr/documents/ecologie-et-developpement-durable/projet-d-arrete-4eme-pa.pdf.

Bruno ALVAREZ.
Ouest-France - France - 30/06/2009

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