Les écologistes anglais ne veulent pas du Clemenceau

C'était trop beau. Après l'annonce, le 1er juillet dernier, du nom de la société chargée finalement de ferrailler le Clemenceau, on s'était fait à l'idée que l'ex-fleuron de la Marine nationale, longtemps attaché au port militaire de Toulon, avait enfin trouvé sa dernière demeure : Hartlepool, sur les bords de la rivière Tees, au nord-est de l'Angleterre. Là où la société Able UK Ltd, retenue par l'État français, possède un chantier de démolition. Après les pérégrinations que l'on connaît, au cours desquelles l'ancien porte-avions faillit, tour à tour, se faire découper à Gijón, Izmir, puis Alang - le plus grand cimetière à bateaux du monde - pour, finalement, échouer à... Brest le 17 mai 2006, on était presque soulagé à l'idée que son interminable agonie prenne bientôt fin.

Le refus des écologistes anglais
Mais les vacances estivales à peine terminées, une énième procédure judiciaire, cette fois à mettre au crédit de Friends of Hartlepool, pourrait une nouvelle fois tout faire capoter. Selon le site internet du quotidien Libération, cette association britannique a annoncé mercredi « avoir déposé devant la Haute cour de Londres un recours pour empêcher que le Clemenceau soit démantelé dans un chantier naval du nord-est de l'Angleterre ».

 

Photo : AFP
Dernier rebondissement dans le feuilleton de l'ancien porte-avions, toujours amarré à Brest : une association britannique locale annonce avoir déposé un recours devant la Haute cour de Londres, pour empêcher son démantèlement dans le chantier naval d'Hartlepool.

Ce nouveau rebondissement n'est pas vraiment une surprise. Comme nous l'écrivions dans nos colonnes le 2 juillet dernier, l'activisme des associations écologistes d'outre-Manche est très fort et a réussi jusque-là à empêcher la démolition de quatre navires de guerre américains arrivés à Hartlepool en 2003 !
Contacté hier, le service de presse de la Marine ne semble pas inquiet pour l'instant. Il faut dire que le Clemenceau, officiellement rebaptisé Q 790, n'est pas encore sur le point d'appareiller pour les îles britanniques.

Une longue procédure

Car si la notification du marché remonte déjà au 1er juillet, « la procédure interministérielle qui s'ensuit est longue », indique-t-on à Paris. Et de détailler : « Par respect de la convention de Bâle (1), les deux pays, la France et l'Angleterre, doivent émettre respectivement une autorisation d'export et d'import transfrontalier pour le Clemenceau. De plus, la coque étant toujours considérée par la France comme du matériel de guerre, cette dernière doit émettre une seconde autorisation d'export. »
À l'heure qu'il est, le départ pour l'Angleterre, qui ne devrait pas intervenir avant l'automne, ne souffre donc d'aucun retard.
En même temps, quitter le port breton pour les brumes anglaises, on comprend les réticences du vieux Tigre, perclus de rhumatismes...

1. Cette convention fixe des règles visant à contrôler les mouvements transfrontaliers et l'élimination des déchets toxiques.

P.-L. P.
Var-Matin - 05/09/2008

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