Dernière apparition du « Clem'» avant sa disparition finale

Dans un an, le « Clemenceau », ancienne gloire de la Marine nationale, ne sera plus qu'un lointain souvenir. Un rêve évanoui pour les milliers de marins qui, près de 40 ans durant, ont servi à son bord.

Hier après-midi, peu après 13 heures (heure locale), à l'issue d'un ultime voyage de cinq jours, l'ancien porte-avions, toujours tracté par « l'Anglian Earl », puissant remorqueur anglais qui est venu le sortir de sa retraite brestoise mardi dernier, s'est en effet engagé dans l'embouchure de la rivière Tees, à moins de 10 km au sud d'Hartlepool. Une heure et demie plus tard, au terme de délicates manoeuvres réalisées avec l'aide de cinq remorqueurs de port, le navire de guerre français, désormais plus rouillé que gris, est venu s'amarrer au milieu de quatre bateaux américains rebaptisés « ghost-ships » (bateaux fantômes) par les habitants du coin.

 

Le « Clemenceau », ancien fleuron de la Marine, est arrivé hier après-midi, tracté par des remorqueurs, au chantier naval d'Hartlepool, où il doit être désamianté et démantelé.

« On passe aujourd'hui à une phase d'exécution »

En fait, l'ex-« Clemenceau » était arrivé dès samedi soir devant cette ville portuaire du nord-est de l'Angleterre. Mais pour ses quelque 8,5 mètres de tirant d'eau, pas question de remonter la Tees River avant la pleine mer d'hier. Le navire a connu déjà bien assez de vicissitudes comme ça, pas besoin d'en rajouter avec un humiliant échouement à quelques encablures de sa dernière demeure...

Pour Didier Lépine, directeur des achats du service de soutien de la flotte (SSF), mais surtout responsable du projet de démantèlement du « Clemenceau », qui a fait le déplacement en Angleterre, l'arrivée de l'ancien porte-avions au chantier d'Able UK marque une nouvelle phase. « On était dans une phase administrative, faite de passation de contrat, d'obtention d'autorisations, on passe aujourd'hui à une phase d'exécution. »

Une phase d'exécution tout au long de laquelle le SSF va être présent. « Le SSF se doit d'être présent pour vérifier si le contrat passé avec la société Able UK est respecté à la lettre. Nous effectuerons donc des contrôles permanents, au moins une fois par mois, pour s'assurer notamment que les déchets amiantés, retirés du ''Clemenceau'', seront correctement conditionnés avant d'être enfouis sur le site voisin de Seaton Meadows. »

Un site controversé, montré du doigt par ceux qui s'opposaient à la venue du « Clemenceau » à Hartlepool. « Seaton Meadows a effectivement été au coeur d'une polémique il y a trois ans, mais depuis l'agence britannique de l'environnement lui a délivré le "waste management licence", une autorisation d'exploitation », rétorque Didier Lépine. Également sur place, Bob Pailor, de l'agence britannique de l'environnement justement, confirme : « On a effectivement relevé quelques infractions, mais désormais tout est en règle. »

Un tas de poussière en janvier ?

Pour les journalistes assistant à l'événement, une bonne cinquantaine dont la moitié travaillant pour des médias français, inutile donc de filmer autre chose que le « Clemenceau » reculant lentement jusqu'à son nouveau poste. Ils ne décèleront rien d'anormal sur le chantier d'Able UK. Ses responsables, le directeur Peter Stephenson en tête, ont fait les choses bien. Trois « spots » avec vue imprenable sur le plan d'eau ont été aménagés pour les photographes et autres cameramen des télévisions. Et pour que ceux-ci puissent résister aux températures glaciales que la mer du Nord emmène du large, du thé au lait - « so british » - leur est distribué à volonté. Après d'innombrables procédures tentant d'empêcher l'arrivée du « Clemenceau », après tant de déclarations - « des mensonges » déclare-t-il - qui ont essayé de salir le nom d'Able UK, Peter Stephenson tient sa revanche. Disponible, souriant, il multiplie les interviews, vante les mérites de son chantier « exemplaire ». « La France est chanceuse. Pour le démantèlement du "Clemenceau", elle a choisi la meilleure compagnie, disposant du meilleur site et au meilleur prix », répète-t-il sur un ton amusé.

Réponse en janvier prochain. Si tout se passe bien, le « Clemenceau » ne sera plus alors qu'un tas de poussière. Déjà son nom s'efface sur la coque...

Var-Matin - 09/02/2009

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