SOMMAIRE


Le Développement Durable, locution assez malheureuse en français, car l'image qu'elle suggère contient une contradiction entre les deux termes qui la compose, est une mauvaise traduction de l'anglais Sustainable development. Plus précis et plus exact, car soutenable dit la condition qui doit être imposée au développement. Alors que durable, est plus ambigüe, laissant penser que le développement pourrait être durablement poursuivi, légitimant en quelque sorte la croyance en la possibilité d'une croissance infinie. C'est la notion de limite qui a ainsi été atténuée dans cette formulation. La durabilité doit être entendue ici comme : condition permettant de conserver un milieu et une biodiversité riche et propice au maintien des populations en bonne santé... et doit donc être explicité par une périphrase. Le Développement soutenable aurait été préférable, mais c'est bien cette locution de Développement Durable qui s'est imposée officiellement et dans les usages.



1. HISTORIQUE

1.1. Le rapport Brundtland 1987

Le développement durable est "un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs"… et "la priorité accordée aux besoins essentiels des plus démunis".

G.H. Brundtland, rapport de l'ONU "Notre avenir à tous", 1987.

DD : définition simple et scientifiqueDéveloppement Durable Illustré - 2015

1.2. CNUED DE RIO 1992

La Conférence des Nations Unies sur lʼEnvironnement et le Développement (CNUED), dit Sommet de la terre de Rio 1992 a réunie les représentant de 180 états et de très nombreuses ONG.

Les Sommets de la Terre sont des rencontres décennales entre dirigeants mondiaux organisées depuis 1972 par l'ONU, avec pour but de définir les moyens de stimuler le développement durable au niveau mondial. Le premier sommet a eu lieu à Stockholm (Suède) en 1972, le deuxième à Nairobi (Kenya) en 1982, le troisième à Rio de Janeiro (Brésil) en 1992, le quatrième à Johannesbourg (Afrique du Sud) en 2002 et le cinquième et dernier Sommet en date, appelé Rio+20, a également eu lieu à Rio de Janeiro en 2012.
ONU - Conférences
Le sommet « Stockholm+50 : une planète saine pour la prospérité de toutes et de tous », les 2 et 3 juin 2022. Au programme : la création d’un Conseil de la Terre, d’un Institut sur les océans et sur le climat, ainsi qu’un programme d’actions 2000-3000.
9 grands problèmes environnementaux et tendances à 25 ans9 grands problèmes environnementaux et tendances à 25 ansWorld scientists warning to humanity - 1992

Lors de ce sommet, un consensus s'est dégagé autour de 5 documents.

3 documents fondamentaux :
  1. La déclaration de Rio (27 principes) Déclaration
  2. le plan d'action Action 21 aussi appelé Agenda 21, constitue un vaste programme d'actions pour le 21ème siècle, avec ses trois piliers que sont : l'action économique, le développement social, tout en garantissant une utilisation économe des ressources naturelles. Le développement durable prend en compte tant la lutte contre les inégalités et la pauvreté que le respect de l'environnement. Agenda 21
  3. La Convention sur la diversité biologique (CDB, ou convention de Rio) est un traité international avec trois buts principaux : la conservation de la biodiversité, l’utilisation durable de ses éléments, le partage juste et équitable des avantages découlant de l'exploitation des ressources génétiques. Convention

Liens
Site Adéquations 2009
Page DD Wikipédia



2. LES REPRÉSENTATIONS DU DÉVELOPPEMENT DURABLE

Depuis ses premières énonciations le Développement Durable existe aux croisement des disciplines, ses objectifs et ses modalités d'action sont complexes. Il en résulte une pluralité d'interprétations. Et aussi plusieurs représentations.

La plus commune défini le DD à l'intersection des sphères de l'économique du social et de l'écologique. La dimension écologique inclut la biodiversité les écosystèmes, les paysages et les services écosystémique qui leurs sont sont associés.

Depuis 2002 la diversité culturelle (qui peut être lut comme une biodiversité proprement humaine) est couramment admise comme une quatrième composante.

En hiérachisant les domaines depuis une vision planétaire, la biosphère inclut la culture qui elle même inclut le social, qui enfin inclut l'économie.

Cette relativisation de l'économie ou du social, rendu visible par une approche systèmique du vivant, est cependant très difficile à admettre pour les agents des secteurs de l'économie ou du social. Pour tenter de résister au diagnostic posé par le DD, ces acteurs peuvent revendiquer le maintien de la primauté de leur domaine sur les autres, renversant la hiérarchie des priorités, relativisant ainsi leur propre inclusion dans la biosphère, pourtant seule garante de la pérennité de leur existence.

Illustration de cette prédominence du domaine social, conduit à la représentation d'un espace de développement maximaliste prenant en compte la contrainte des ressources environnementales comme simple facteur limitant.

Une autre représentation, peu connue, met les ressources naturelles à la place des fondations du bâtiment du DD. Cela remet la sphère écologique qui parrait à l'égal du social et de l'économique à sa vraie place : effectivement sans ressources tout le château ne peut que s'écrouler.

Plus concrètement, 5 finalités, classées par ordres de priorité, sont souvent énoncées : changement climatique, biodiversité, épanouissement humain, solidarité sociale, consommation responsable.



On le voit, les conséquences à tirer de la vue mondiale au niveau de la biosphère, sur nos modes de vie, nos pratiques et les politiques, ne font pas consensus. La notion est utilisé par des acteurs qui ne lui prêtent pas les mêmes implications.
Ainsi du développement de la consommation, serait-elle même responsable, souhaité par certains, qui n'est pour d'autres, pas comptatible avec la possibilité d'un développement durable. Le terme de décroissance est apparut pour insister sur le besoin de baisser l'empreinte écologique de nos consommation et de la nécessité de sortir de la société de consommation. Toute l'économie des pays riches étant basée sur ce modèle, on voit que cela constitue un point de blocage pour le passage des objectifs du DD vers les politiques économiques.

Enfin, je propose une représentation, qui tente d'exposer la dualité entre la lecture scientifique du monde qui découpe la nature et la vie, la place dans son laboratoire pour mieux l'étudier, et la lecture pilosophique ou plus simplement sensible, qui replace l'homme au sein d'une nature dont il ne saurait totalement s'extraire. L'intersection n'est peut-être pas le DD, mais plutôt un tronc commun des cultures humaines. Notre société est indéniablement hypertrophiée du côté de la science, du moins sur le plan de nos actions opératiques sur le monde, au détriment du philosophique et du sensible. Cause d'inconnaissance du monde naturel, et des mésusages que nous en faisons. En reprenant la graphie du Yin-Yang taoiste, symbolisation précurseure et excellente de la dualité, de l'adaptation à l'environnement, qui s'applique remarquablement bien au DD.

Fleur du Développement DurableFleur du Développement DurableAdéquations - 2008
BiosphèreBiosphèreAdéquations - 2008
Biosphère relativiséeBiosphère relativiséeAdéquations - 2008
Conditions environnementales et conditions socialesConditions environnementales et conditions socialesOxfam inspired by Rockström et al - 2009
Fondations de ressources naturellesFondations de ressources naturellesUICN - ?
5 finalités5 finalités


Lien
Hadelin de Beer de Laer, Le lien entre les représentations du développement durable et le rôle des pouvoirs publics, texte de conférence, 2015



3. LE DÉVELOPPEMENT DURABLE AUJOURD'HUI

3.1. ONU

En 2016 l'ONU fixe 17 ojectifs du DD. Les thèmes élargissent considérablement la portée du DD en mettant des accents sur les conditions du développement humains, nécessaire à un développement durable. Ces ODD sont enseignés dans les cursus scolaires de la plupart des pays.

Les 17 Objectifs de DDLes 17 Objectifs de DDONU - 2016

3.2. Le climat - le GIEC

Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC ; en anglais : Intergovernmental Panel on Climate Change, IPCC) est un organisme intergouvernemental qui regroupe en 2021 195 États. Ce groupe, créé en 1988 à la suite d'une initiative politique de nature internationale, dépend de l’Organisation météorologique mondiale et du Programme des Nations unies pour l'environnement.

Le travail du Giec s’organise en cycles d’évaluation. Le dernier rapport d’évaluation, publié en trois tomes en 2021 et 2022, conclut le sixième cycle initié en 2016.

Les trois tomes sont élaborés par des groupes de travail qui portent respectivement sur :
  1. Les bases physiques du changement climatique Rapports en anglais
  2. Les impacts, l’adaptation et la vulnérabilité Rapports en anglais
  3. Les solutions d’atténuation du changement climatique Rapports en anglais

Chaque tome existe en différents formats : le résumé pour décideurs (trente à soixante pages), le résumé technique (100 à 200 pages) et le rapport complet (près de 3 000 pages). Le résumé pour décideurs est le document le plus accessible.

Liens
Infographies en qualité poster libre et actualisées avec les données du 6è rapport
Infographie tirée du tome 2

3.3. La biodiversité - l'IPBES

La Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (en anglais : Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services, IPBES) a tenu sa première réunion début 2013, sous l'égide du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE), du Programme des Nations unies pour le Développement (PNUD), de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) et de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Elle joue un rôle d'interface et de vulgarisation scientifique entre l'expertise scientifique et les gouvernements sur les questions traitant de la biodiversité et des services écosystémiques.


Le premier Rapport d'évaluation mondiale sur la biodiversité et les services écosystémiques est publié en 2019. Ce rapport basé sur 15 000 études scientifiques et rapports gouvernementaux, lance une alerte majeure concernant la perte de biodiversité, affirmant que « la santé des écosystèmes dont nous dépendons, comme toutes les autres espèces, se dégrade plus vite que jamais » et que « un million d’espèces animales et végétales – soit une sur huit – risquent de disparaître à brève échéance.

Site de l'IPBES
Rapport sur l’état de la biodiversité mondiale 2019 (Résumé à l’intention des décideurs)
Plaquette résumé du même rapport

AE2D Mai 2022